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Divorce amiable : comment fixer la prestation compensatoire dans la convention

Divorce amiable : comment fixer la prestation compensatoire dans la convention

L'essentiel

  • Dans un divorce par consentement mutuel, le montant et les modalités de la prestation compensatoire sont fixés par les époux eux-mêmes dans la convention, et non par un juge
  • La convention doit obligatoirement mentionner la prestation compensatoire si les époux en prévoient une, ainsi que ses conditions de révision ou de suppression
  • La prestation devient exigible au moment où la convention est enregistrée chez le notaire, pas avant
  • Trois méthodes de calcul (tiers, points, 20 %) donnent un ordre de grandeur, jamais un chiffre imposé : le simulateur de la page d'accueil les applique ensemble à votre situation

Dans un divorce par consentement mutuel, la prestation compensatoire n'est pas fixée par un juge mais par les époux eux-mêmes, avec leurs avocats, dans la convention de divorce. Le montant, la forme de versement et les conditions de révision doivent y figurer noir sur blanc, car une fois la convention enregistrée chez le notaire, il n'est plus possible de demander cette prestation.

Qui peut demander une prestation compensatoire dans un divorce amiable

La prestation compensatoire est une somme destinée à compenser la disparité créée par la rupture du mariage dans le niveau de vie de l'un des époux. Elle peut être demandée dans tous les types de divorce, qu'il s'agisse d'un divorce judiciaire ou d'un divorce par consentement mutuel. Seuls les époux mariés peuvent la réclamer : les concubins et les partenaires de Pacs qui se séparent ne peuvent demander que des dommages et intérêts en cas de rupture abusive, jamais une prestation compensatoire.

La demande doit intervenir pendant la procédure de divorce. Une fois le divorce devenu définitif, et dans le cas d'un divorce par consentement mutuel, une fois la convention enregistrée par le notaire, il n'est plus possible de la demander. C'est l'une des différences majeures avec la pension alimentaire, qui reste fonction des ressources du débiteur et des besoins du créancier tout au long de la vie du bénéficiaire mineur, alors que la prestation compensatoire répond à une logique différente, propre au divorce. Vous retrouverez le détail de ces deux mécanismes dans notre article sur la différence entre pension alimentaire et prestation compensatoire.

Le juge aux affaires familiales (Jaf) peut refuser une prestation compensatoire quand le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l'époux qui la réclame. Ce cas de refus concerne le divorce judiciaire pour faute, qui suit une logique différente de celle du divorce amiable : notre article sur la prestation compensatoire en cas de divorce pour faute détaille cette hypothèse.

Comment la convention fixe le montant et les modalités

Dans un divorce par consentement mutuel, les deux époux sont d'accord sur le principe du divorce et sur ses conséquences, y compris financières. Leurs avocats rédigent ensemble un projet de convention de divorce qui doit, si une prestation compensatoire est prévue, en fixer le montant et les conditions de paiement. La convention peut aussi indiquer dans quel cas la prestation doit être révisée ou supprimée, par exemple si un événement précis survient.

Aucune loi n'impose de formule de calcul. Le Code civil pose un principe général : la prestation compensatoire est fixée selon les besoins de l'époux qui la demande et les ressources de l'autre, en tenant compte de la situation au moment du divorce et de son évolution future prévisible. Pour éclairer cette appréciation, le texte dresse une liste de critères, non exhaustive, que les avocats reprennent généralement lorsqu'ils négocient le montant dans une convention amiable :

  • la durée du mariage ;
  • l'âge et l'état de santé des époux ;
  • leur qualification et leur situation professionnelles ;
  • les conséquences des choix professionnels faits pendant la vie commune, par exemple un temps partiel ou une carrière mise entre parenthèses pour les enfants ;
  • le patrimoine estimé ou prévisible après la liquidation du régime matrimonial ;
  • les droits existants et prévisibles des époux ;
  • la pension de retraite prévisible de chacun.

Chaque époux doit remplir une déclaration sur l'honneur de l'exactitude de ses ressources, revenus, patrimoine et conditions de vie. Un notaire ou un expert judiciaire peut être chargé d'évaluer certains éléments du patrimoine quand celui-ci est complexe, par exemple un bien immobilier ou des parts sociales. La liberté contractuelle des époux reste encadrée par les avocats, qui doivent s'assurer que la convention respecte l'équilibre entre les parties et ne porte pas atteinte à l'ordre public.

Capital, capital échelonné, rente : les formes de versement possibles

La prestation compensatoire prend en principe la forme d'un capital, versé en une fois ou échelonné. Dans un divorce amiable, les époux choisissent eux-mêmes la forme qui correspond à leur situation, dans les limites fixées par la loi.

Forme de versementFonctionnementPoint de vigilance dans la convention
Capital en une foisSomme versée intégralement, en un seul paiementDoit intervenir dans les 12 mois suivant l'enregistrement de la convention chez le notaire pour ouvrir droit à la réduction d'impôt
Capital échelonnéVersements périodiques (mensuels, trimestriels, semestriels ou annuels), revalorisés chaque année comme les pensions alimentairesDélai maximum de 8 ans ; le débiteur peut solder à tout moment le capital restant dû
Capital mixteUne partie versée immédiatement, le reste échelonné sur 8 ans maximumPréciser clairement dans la convention la part immédiate et le calendrier du solde
Attribution d'un bienPleine propriété, droit d'usage et d'habitation, ou usufruit attribué au créancierRéservée aux cas où le capital ne peut pas être versé ; accord du débiteur exigé si le bien vient d'une succession ou d'une donation
RenteVersements périodiques, en principe exceptionnels et viagers dans un divorce judiciaire, mais une durée déterminée peut être prévue dans la convention d'un divorce amiableLes époux peuvent fixer librement une durée, par exemple une dizaine d'années, ce qui n'est pas la règle dans un divorce judiciaire classique

Le choix entre ces formes a des conséquences fiscales très différentes pour le débiteur comme pour le créancier. Il est aussi déterminant pour les possibilités de révision ultérieure, un capital versé en une fois ne pouvant plus être révisé une fois payé. Notre article sur la prestation compensatoire en capital ou en rente détaille les règles applicables à chaque forme.

Un exemple chiffré avec les 3 méthodes de calcul

Pour donner un ordre de grandeur de départ avant de négocier le montant dans une convention, des praticiens ont mis au point des méthodes de calcul. Elles ne sont ni légales ni obligatoires : elles servent uniquement de repère de discussion entre les avocats et leurs clients.

Prenons un cas concret. Léa a 32 ans et gagne 1 300 euros par mois. Son mari gagne 2 500 euros par mois. Ils ont été mariés 8 ans et divorcent à l'amiable. Voici ce que donnent les trois méthodes couramment utilisées par les praticiens :

MéthodePrincipeRésultat sur cet exemple
Méthode du tiers1/3 de la différence de revenus annuels, multiplié par la moitié de la durée du mariage en années19 200 euros
Méthode des pointsUne unité (moitié de la différence de revenus mensuels) multipliée par des points liés à l'âge du créancier et à la durée du mariage14 400 euros
Méthode des 20 %20 % de la différence de revenus annuels, multiplié par 823 040 euros

Avec exactement les mêmes données de départ, les trois méthodes aboutissent à des montants qui vont de 14 400 à 23 040 euros. Cet écart illustre pourquoi aucune de ces formules n'a de valeur légale ou obligatoire : elles donnent un point de départ pour la discussion entre les avocats des deux époux, mais le montant final reste toujours fixé par ce que la convention retient d'un commun accord. Notre article sur les 3 méthodes de calcul de la prestation compensatoire détaille chacune de ces formules pas à pas. Pour appliquer ces trois méthodes à votre propre situation, le simulateur disponible sur la page d'accueil calcule automatiquement les trois résultats à partir de vos revenus et de la durée de votre mariage.

Étape par étape : inscrire la prestation compensatoire dans la convention

Le passage d'un accord oral entre époux à une clause valable juridiquement suit un déroulement précis dans le divorce par consentement mutuel.

  1. Chaque époux choisit son propre avocat. L'avocat est obligatoire pour ce type de divorce, y compris pour la partie qui ne demande aucune prestation compensatoire.
  2. Les deux avocats rédigent ensemble, avec leurs clients, le projet de convention. C'est à ce stade que le montant, la forme de versement et les éventuelles conditions de révision ou de suppression de la prestation compensatoire sont négociés et rédigés.
  3. Chaque avocat adresse le projet de convention par lettre recommandée avec accusé de réception à l'époux qu'il assiste. Un délai de réflexion de 15 jours doit être respecté avant que les époux ne puissent signer.
  4. Une fois ce délai écoulé, les époux signent la convention définitive avec leurs avocats.
  5. La convention signée est déposée au rang des minutes d'un notaire. Le notaire vérifie les mentions obligatoires, les signatures et le respect du délai de réflexion : il ne contrôle ni le consentement des époux ni l'équilibre financier de l'accord, ce rôle revenant aux avocats.
  6. Le divorce prend effet au jour du dépôt chez le notaire (voir ci-dessous le moment où la prestation compensatoire devient exigible).

Si un enfant mineur des époux souhaite être entendu par un juge, ou si l'un des époux est placé sous un régime de protection (tutelle, curatelle par exemple), la procédure change de nature : la convention doit alors être homologuée par le Jaf, on parle de divorce par consentement mutuel judiciaire.

Quand la prestation devient exigible

Dans un divorce judiciaire, la prestation compensatoire devient exigible quand le divorce est définitif. Dans un divorce par consentement mutuel par convention déposée chez un notaire, la règle est différente et spécifique : la prestation devient exigible au moment où la convention est enregistrée, c'est-à-dire déposée au rang des minutes du notaire. Avant cet enregistrement, aucun versement n'est juridiquement dû au titre de la prestation compensatoire, même si les époux s'étaient mis d'accord sur un montant pendant les négociations.

Cette distinction compte aussi pour la fiscalité, puisque le point de départ du délai de réduction d'impôt pour un versement en capital se calcule à partir de cette même date d'enregistrement de la convention, et non à partir d'un éventuel accord verbal antérieur.

Quelle fiscalité selon la forme choisie

Le traitement fiscal de la prestation compensatoire dépend entièrement de sa forme et de son calendrier de versement, pas du fait que le divorce soit amiable ou judiciaire.

Forme et délai de versementPour le débiteurPour le bénéficiaire
Capital versé en une fois ou étalé sur 12 mois maximum après le divorce définitifRéduction d'impôt de 25 %, prestation retenue dans la limite de 30 500 euros, soit 7 625 euros maximumNon imposable
Rente, ou capital étalé sur plus de 12 mois dans le délai fixé par la convention ou le jugementDéductible des revenus, régime des pensions alimentairesImposable, régime des pensions alimentaires
Capital étalé sur plus de 12 mois hors de ce cadreNi réduction d'impôt ni déductionNon imposable

Si le versement en capital est réparti sur deux années civiles et dépasse au total 30 500 euros, la base de calcul de la réduction d'impôt de la première année s'obtient en multipliant le plafond global de 30 500 euros par le rapport entre les versements effectués la première année et le total des versements prévus. Les versements provisionnels effectués avant la convention définitive, à titre d'avance sur la prestation compensatoire, peuvent eux aussi ouvrir droit à la réduction d'impôt s'ils interviennent avant l'expiration du délai de 12 mois suivant l'inscription aux minutes du notaire. Notre article sur la fiscalité de la prestation compensatoire détaille le mode de déclaration et les cases concernées.

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Liste de vérification avant de signer la convention

Avant de signer définitivement la convention de divorce, vérifiez que chacun de ces points est rédigé sans ambiguïté : le montant exact de la prestation compensatoire et sa forme (capital en une fois, échelonné, rente à durée déterminée ou mixte) ; le calendrier précis des versements si la prestation est échelonnée, avec la règle de revalorisation annuelle ; les conditions dans lesquelles la prestation pourra être révisée ou supprimée, par exemple un événement précis comme un remariage ; le sort de la prestation en cas de décès du débiteur, et si les modalités initiales seront maintenues par acte notarié ou non ; la cohérence entre la date d'enregistrement prévue chez le notaire et le calendrier fiscal si une réduction d'impôt est recherchée sur un versement en capital. Une clause mal rédigée sur ces points est souvent source de désaccord des années plus tard, à un moment où il devient beaucoup plus difficile de la corriger.

Peut-on réviser ou contester la prestation une fois la convention signée

Une fois la convention enregistrée, les possibilités de modification dépendent étroitement de la forme choisie au départ. Un capital versé en une seule fois ne peut plus être révisé : la somme est due et exigible, point final. Un capital échelonné peut faire l'objet d'une révision des modalités de versement, montant des échéances ou échelonnement, si le débiteur connaît un changement important de sa situation, par exemple un licenciement ou un départ à la retraite, mais jamais une révision du montant total du capital. Le créancier, de son côté, ne peut pas demander de révision du capital échelonné, il ne peut réclamer que le paiement du solde en cas de liquidation ultérieure du régime matrimonial.

Une rente peut être révisée, suspendue ou supprimée en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l'un ou l'autre des ex-époux, par exemple un chômage ou un remariage. Elle ne peut jamais être relevée au-dessus du montant initial. L'un ou l'autre des ex-époux peut aussi demander la substitution d'un capital à une rente en cours. La procédure passe par le Jaf du domicile du créancier, avec avocat obligatoire, sauf accord amiable homologué. Notre article sur la révision de la prestation compensatoire détaille les conditions précises et la procédure à suivre.

Si le débiteur ne respecte pas ses engagements, le créancier peut engager une procédure de recouvrement auprès d'un commissaire de justice (saisie sur compte, saisie des rémunérations, saisie-vente), quelle que soit la forme du versement. Le paiement direct, en revanche, n'est possible que pour un capital échelonné ou une rente, pas pour un capital versé en une seule fois. Notre article sur la prestation compensatoire non payée détaille ces recours et les délais pour agir.

Questions fréquentes

Peut-on divorcer par consentement mutuel sans prévoir de prestation compensatoire ?

Oui. La prestation compensatoire n'est pas obligatoire dans un divorce amiable. Elle ne figure dans la convention que si les époux estiment que le divorce crée une disparité de niveau de vie et qu'ils s'accordent sur son principe.

Qui fixe le montant de la prestation compensatoire dans un divorce amiable ?

Ce sont les époux eux-mêmes, assistés chacun de leur avocat, qui négocient et fixent le montant dans la convention. Le notaire qui enregistre la convention ne contrôle pas l'équilibre financier de l'accord, ce rôle revient aux avocats.

À partir de quand doit-on commencer à verser la prestation compensatoire ?

Dans un divorce par consentement mutuel par convention déposée chez un notaire, la prestation devient exigible au moment où la convention est enregistrée, c'est-à-dire déposée au rang des minutes du notaire.

Peut-on prévoir une rente à durée déterminée dans un divorce amiable ?

Oui, c'est une particularité du divorce par consentement mutuel. Alors qu'une rente est exceptionnelle et en principe viagère dans un divorce judiciaire, les époux peuvent, dans leur convention, fixer une rente limitée à une durée déterminée.

Que devient la prestation compensatoire si le débiteur décède après la signature de la convention ?

Le paiement de la prestation est transmis aux héritiers, sauf renonciation à la succession, et le solde devient immédiatement exigible, prélevé sur l'actif successoral. Les modalités initiales peuvent être maintenues par acte notarié, auquel cas les héritiers paient alors même sur leurs fonds personnels.

Faut-il obligatoirement un notaire pour un divorce par consentement mutuel ?

Oui. La convention rédigée par les avocats doit être déposée chez un notaire pour acquérir date certaine et force exécutoire, sauf si un juge doit intervenir, par exemple quand un enfant mineur souhaite être entendu.

Rédiger la clause de prestation compensatoire dans une convention amiable demande du temps et des allers-retours entre les avocats des deux époux, et c'est normal : c'est la seule occasion de fixer ce point avant que le divorce ne devienne définitif. Mieux vaut un mois de négociation supplémentaire qu'une clause ambiguë qu'il faudra ensuite faire trancher par un juge.